Colloque de l’AEC – l’approche systémique
L’Association Européenne de Coaching a tenu son colloque annuel samedi 31 janvier.
Pierre Angel, Président d’honneur, a rappelé les fondamentaux de l’AEC :
- s’ouvrir à toutes les formes de coaching,
- prendre une dimension européenne,
- avoir une dimension militante, sociale et humaniste dans l’aide à la réinsertion par exemple.
Ainsi l’AEC a propose des coaching solidaires, menés par des coachs bénévoles pour des personnes avec un faible niveau de revenu. Depuis 2005, 415 personnes ont bénéficié d’un coaching solidaire dont 61 personnes en 208. Ces coaching ont entrainé la mise en place de 5 groupes de supervision solidaire et même la mise en place d’un groupe de formation de superviseurs.
L’AEC regoupe actuellement plus de 370 adhérents dont une centaine sont titulaires.
Parmi les différentes interventions de la journée, j’ai choisi de rendre compte de deux interventions centrées sur l’approche systémique, celles de Francois BALTA et de Jacques-Antoine MALAREWICZ.
Coaching versus psychiatrie
L’intervention de Francois Balta a étudié la question importante de la frontière entre le coaching et la psychothérapie avec un titre très explicite « coaching versus psychiatrie ».
L’évolution du coaching vers le mode bilatéral du coaching personnel, qui s’affranchit de tout contexte professionnel, rend la question très actuelle. Le coach plus que jamais, est confronté à des situations ou des personnalités qui lui peuvent lui poser problème et l’amener à la limite de ses compétences.
Le coach est il concerné par la maladie mentale ? A priori non, puisque la demande du client relèvera en coaching d’un accompagnement et non pas d’une demande de soins.
En fait le coach comme le psychiatre, ou de façon extensive le thérapeute, peuvent rencontrer les mêmes personnes. Seule la demande pourra différer. La frontière entre le coaching et la psychothérapie est de même ordre que celle entre la maladie et la non-maladie.
Le coach doit donc apprendre à faire face à des difficultés psychiques de son client, d’autant que celles-ci peuvent s’épanouir dans le coaching, à la faveur de la relation qui se noue entre le coach et le coaché et des situations explorées.
La question que le coach peut être amené à se poser est donc de savoir quoi faire face à la pathologie, la maladie.
Il peut bien sûr tenter de réorienter la personne vers un thérapeute, ce qui revient à abandonner le client et sa demande.
L’apport de François Balta est d’inviter le coach à ne pas démissionner, à ne pas se désister mais à adopter une lecture systémique de la situation.
L’idée centrale est de bien distinguer d’un côté ce qui est le problème du client, et de l’autre la difficulté que ce problème pose au coach. En résolvant son propre problème, sans chercher à résoudre celui du client, le coach peut ainsi créer un contexte qui permet au client de trouver ses propres solutions.
Il ne s’agit pas évidemment de parler de psychothérapie avec le client, mais de faire à demi-mot pour le laisser découvrir ses propres réponses à son problème.
Syémique et coaching
Jacques Antoine Malarewicz est un spécialiste de l’approche systémique et a rappelé quelques fondamentaux de cette approche pour le coach.
Alfred Korzybski (1879 – 1950) a laissé au coaching une maxime devenue célèbre (« la carte n’est pas le territoire »), issue de son ouvrage majeur qui a fondé l’approche constructivisme, « Science and Sanity ».
En disant que la carte n’est pas le territoire, Alfred Kirzybski indique que la réalité nous échappe. Nous ne pouvons en avoir qu’une représentation, qui nous est spécifique et qui est probablement différente des représentations d’autres personnes.
L’exemple le plus classique pour illustrer la différence entre réalité et représentation de la réalité est celle de la bouteille à moitié remplie. Est-elle à moitié vide ou à moitié pleine ?
L’un des enjeux du coaching, sinon l’objectif principal, sera d’apprendre à passer de sa propre représentation à une autre représentation possible de la réalité.
La représentation de la réalité: illustration
Jacques Antoine Malarewicz a illustré cet enjeu en rappelant une histoire issue de l’ouvrage d’Alfred Korzybski :
« Pendant la seconde Guerre Mondiale, quatre personnes partagent le compartiment d’un train : une jeune femme, sa mère, un officier allemand et un jeune homme.
Le train traverse alors un tunnel et le compartiment se trouve dans l’obscurité. On entend un baiser, un cri puis une gifle.
Au sortir du tunnel, tout le monde se regarde, avec une représentation différente de la réalité pour chacun.
La mère se dit qu’elle peut être fière de sa fille qui s’est défendue.
La fille se dit que sa mère a agit comme il convenait de le faire.
L’allemand ne comprend pas ce qui s’est passé mais a reçu une gifle.
Le jeune homme se dit qu’il est le plus malin et ayant embrassé sa main, poussé un cri et giflé l’officier allemand. »
Les règles de base de la systémie
Quatre règles de base caractérisent l’intervention systémique :
- Tout est relation, interaction, lien. Un système est composé d’un ensemble d’éléments en interaction qui se tiennent. En touchant à l’un des éléments, le coach intervient sur l’ensemble du système, sur le tout.
- Nous sommes tous des êtres communicants et nous ne pouvons ne pas communiquer, de serait ce que de façon non verbale par le silence, la gestuelle.
- Chacun a sa propre représentation de la réalité
- Nous sommes toujours dans de situations complexes, invités à rester humble en ne prétendant pas connaitre la situation et encore moins son évolution.
L’homéostasie est une propriété essentielle des systèmes. Tout système tend vers le statut quo, le non changement.
L’entretien tripartite est, dans un coaching professionnel, le moment au cours duquel le prescripteur du coaching (responsable hiérarchique, DRH), le coaché et le coach vont débattre des objectifs du coaching avant que celui-ci ne démarre.
Dans une lecture systémique, cet entretien tripartite présente un intérêt particulier : permettre eu coach d’évaluer les stratégies homéostatiques du système pour ne pas changer.
Le coaché ne doit pas être considéré comme seul détenteur de sa problématique. Elle est nécessairement reliée au système.
Le coach doit donc chercher à englober le système dans son intervention pour ne pas faire porter le poids de la problématique de son client à un seul individu qui ne serait que le symptôme d’un système. L’entretien tripartite est un moment intéressant dans cette perspective.
Cette tendance à l’homéostasie s’applique également au coaché et un des enjeux du coaching sera de permettre au coaché de mettre à jour ses propres stratégies pour ne pas régler le problème, pour garder son problème.
Jacques Antoine Malarewicz a poursuivi son intervention en développant l’idée d’une approche orientée solution , où le coaché fait l’apprentissage d’un autre mode de fonctionnement dans son système.
